Protection contre la chute de pieu

Une chute de pieu est la descente soudaine d’un pieu lorsque le sol sous sa pointe cède pendant le battage. Ses effets sur la grue, les moyens de l’arrêter et les résultats d’un amortisseur POLARIS dans une étude comparative portant sur une chute de pieu de 1,500 t.

Par Tord Martinsen, directeur général · mars 2026 · mis à jour en septembre 2026 · lecture de 10 min
POLARIS, un marteau de battage offshore et des élingues d'arrêt naturellement détendues sous leur propre poids.
En bref
  • Une chute de pieu est une descente incontrôlée du pieu, avec le marteau posé dessus, lorsque sa pointe atteint une couche de sol faible dont la résistance est inférieure au poids du pieu et du marteau. Tous deux peuvent descendre de plusieurs mètres en une ou deux secondes.
  • Si la grue retient toujours le marteau, son câble doit l’arrêter, ainsi que le pieu si les deux sont solidarisés par une bride. Avec une liaison rigide, seule la déformation de la grue, du câble et des apparaux de levage les arrête, ce qui provoque un pic d’effort.
  • Dans notre étude comparative CONSTELLATION portant sur un pieu et un marteau de 1,500 t à 5.0 m/s, la charge au crochet a atteint 37.7 MN avec une liaison rigide, soit 2.28 fois la charge statique au crochet (facteur d’amplification dynamique, DAF, de 2.28) et 154 % de la charge maximale d’utilisation (SWL) de la grue. Avec un POLARIS de 2,000 t, elle a atteint 23.6 MN (DAF de 1.43, 96 % de la SWL), pour 4.98 m utilisés sur une course de 6.0 m.
  • L’amortisseur est dimensionné pour la pire chute crédible : l’énergie de la masse en mouvement, l’effort de pointe admissible pour la grue et la course nécessaire à l’arrêt.

Pendant le battage, le marteau repose sur le pieu et la grue ne fait que le suivre, les élingues étant détendues. Si le pieu chute, le mou des élingues est repris en un instant et le câble de grue doit arrêter ce qu’il retient : le marteau, ainsi que le pieu si les deux sont solidarisés par une bride.

Qu’est-ce qu’une chute de pieu ?

En mer, les pieux sont placés dans un cadre de guidage ou un dispositif de maintien, puis enfoncés dans le fond marin au moyen d’un marteau hydraulique. Entre les coups, le frottement le long du fût et la résistance à la pointe maintiennent le pieu en place. Lorsque la pointe passe d’une couche plus résistante à une couche faible, par exemple du sable meuble ou de l’argile molle sous une couche plus ferme, cette résistance peut devenir inférieure au poids du pieu et du marteau. Le pieu accélère alors sous leur poids. Les sondages de sol et les essais de pénétration au cône (CPT) permettent de repérer ces couches ; une analyse de chute de pieu compare la résistance du sol à ce poids et détermine la distance et la vitesse possibles de la chute.

Pendant le battage : le marteau repose sur le pieu, dont la pointe se trouve encore dans la couche plus résistante. Les élingues souples reliant l’extrémité de la tige du POLARIS au marteau pendent sans tension ; la tige reste donc rentrée et les coups du marteau ne traversent pas l’amortisseur.mouflagePOLARIStige rentréeél. souples,lâchesmarteausur le pieuf. marincouche résist.c. faibleAu battage
Lors d’une chute de pieu : la pointe atteint la couche faible et le pieu poursuit sa descente. Le marteau descend jusqu’à ce que ses élingues se tendent. POLARIS parcourt alors sa course, tandis que sa valve maintient l’effort près de sa consigne et arrête le marteau.mouflagePOLARIScourse : la valvegarde l’effortél. souples,raidesmarteau,retenuf. marincouche résist.c. faiblepieu en chutemarteauchutecourseChute du pieu
Figure 1. Pendant le battage : le marteau repose sur le pieu. POLARIS est suspendu dans l’axe du mouflage de la grue, tige rentrée et élingues souples détendues vers le marteau, de sorte que les coups du marteau ne traversent jamais l’amortisseur. Lors d’une chute de pieu : la pointe atteint la couche faible et le pieu poursuit sa descente ; le marteau descend jusqu’à la mise en tension des élingues, puis POLARIS parcourt sa course en maintenant l’effort près de la consigne de sa valve jusqu’à l’arrêt du marteau. La descente du marteau correspond au mou repris, plus la course. Schéma non à l’échelle.

La course de l’amortisseur ne correspond pas à la distance parcourue par le pieu dans le sol. C’est le déplacement entre les deux points de fixation de l’amortisseur pendant l’arrêt du pieu et du marteau ; le modèle de levage relie ces deux distances.

Effets sur la grue

Une masse en mouvement m à la vitesse v possède une énergie de \tfrac{1}{2} m v^2. Le pieu et le marteau de 1,500 t étudiés, à 5.0 m/s, possèdent 18.75 MJ. Si leur mouvement est arrêté par une liaison de raideur k qui se tend à cette vitesse, l’énergie cinétique et le travail du poids pendant l’allongement de la liaison contribuent à cet allongement. L’effort de pointe est alors

F_{\text{peak}} = W + \sqrt{W^2 + k\,m\,v^2}

où W est le poids de la masse en mouvement. Plus le chemin de charge est raide, plus le pic est élevé. Le treuil de la grue, son câble et les apparaux de levage sont raides : un arrêt par liaison rigide impose donc à la grue un effort bien supérieur à la charge statique (avec un facteur d’amplification dynamique élevé, noté DAF). Le câble peut ensuite se détendre complètement et se retendre brusquement pendant l’amortissement des oscillations de la charge. Un amortisseur introduit un élément souple dans ce chemin de charge : son ressort à gaz augmente progressivement l’effort jusqu’à une valeur de consigne, puis sa valve le maintient près de cette valeur pendant l’arrêt de la charge.

Avec et sans POLARIS

Dans notre étude comparative CONSTELLATION CS-2026-005, un pieu de 1,200 t et un marteau de 300 t bridé sur sa tête se déplacent à 5.0 m/s, alors que le câble porte déjà leur poids. Le modèle est exécuté deux fois avec le même jeu de paramètres : une fois avec une liaison rigide, puis avec un POLARIS de 2,000 t offrant une course de 6.0 m.

Charge maximale au crochet dans l’étude comparative de chute de pieu. Avec une liaison rigide, elle atteint 37.7 méganeutons, soit un DAF de 2.28 et 154 pour cent de la charge maximale d’utilisation (SWL) de 24.5 méganeutons de la grue. Avec POLARIS, elle atteint 23.6 méganeutons, soit un DAF de 1.43 et 96 pour cent de la SWL.01020304050Pic crochet (MN)37.7 MNDAF 2.28lien rigide23.6 MNDAF 1.43avec POLARISSWL grue 24.5 MN154 % de SWL96 % de SWL
Figure 2. Deux simulations de la même chute de pieu : un pieu de 1,200 t et un marteau de 300 t à 5.0 m/s, avec une liaison rigide puis avec un POLARIS de 2,000 t offrant une course de 6.0 m. Étude CS-2026-005, modélisée dans CONSTELLATION.
RésultatLiaison rigideAvec POLARIS
Charge maximale au crochet, par rapport à la SWL de 24.5 MN de la grue37.7 MN (154 %)23.6 MN (96 %)
DAF au crochet, pour une charge statique de 16,553 kN2.281.43
DAF sous l’amortisseur, pour une charge utile de 14,710 kN2.411.31
Rebonds avec détente complète du câble après l’arrêt20
Course utiliséesans amortisseur4.98 m sur 6.0 m (83 %)

Le résultat avec amortisseur a été vérifié à l’aide d’un solveur indépendant. Comme le câble porte déjà le poids, la formule analytique pour ce cas est W + v\sqrt{k m}; ; elle encadre le pic de la liaison rigide entre 34.2 MN, en tenant compte de la déformation de la grue, et 44.8 MN, avec une grue rigide. Avec des élingues initialement détendues, le pic serait plus élevé ; si le marteau reposait librement sur le pieu, le câble ne retiendrait que le marteau. Lire l’étude sur l’arrêt d’une chute de pieu →

Dimensionner l’amortisseur

Trois exigences doivent être satisfaites simultanément pour la pire chute crédible, plutôt que pour la chute attendue :

  1. Énergie. L’énergie cinétique de la masse en mouvement au moment où le câble la retient : 18.75 MJ dans l’étude. Le poids continue de tirer pendant la course de l’amortisseur ; seule la force supérieure à ce poids ralentit la charge.
  2. Effort de pointe. L’effort que peuvent supporter la grue, le câble, les apparaux de levage et le marteau. La consigne de la valve se situe entre le poids et cette limite : dans l’étude, 18.0 MN, entre 14.7 MN et la SWL de 24.5 MN de la grue.
  3. Course. Le déplacement nécessaire pour que l’effort au-delà du poids absorbe l’énergie cinétique, avec une marge en fin de course. Un amortisseur qui arrive en butée ne protège plus la grue.

Sur les 4.98 m utilisés dans l’étude, l’amortisseur a absorbé les 18.75 MJ d’énergie cinétique, auxquels s’ajoutent environ 73 MJ de travail du poids. Notre article sur l’amortissement des chocs sur les grues donne une première estimation de la course à partir de l’énergie et de l’effort maximal admissible : au DAF de 1.43 atteint dans l’étude, cette estimation donne 5.85 m, tandis que l’unité de 6.0 m a utilisé 4.98 m. Un modèle temporel de la grue, des apparaux de levage, de l’amortisseur, du marteau et du pieu confirme ensuite l’effort de pointe.

Anticiper le risque de chute de pieu

Le risque de chute de pieu est évalué lors de la planification du battage. Une analyse fondée sur les données de sol définit les scénarios de chute crédibles, chacun avec une distance et une vitesse de chute. Les masses du pieu et du marteau permettent d’en déduire l’énergie, tandis que le tableau de charge de la grue fixe l’effort admissible. Ces éléments déterminent l’énergie, l’effort et la course requis pour l’amortisseur.

Les apparaux de levage comptent autant que l’amortisseur. POLARIS est suspendu dans l’axe du mouflage de la grue, avec des élingues souples reliant l’extrémité de sa tige au marteau. Pendant le battage, elles pendent sans tension et la tige reste rentrée. Le poids et les coups du marteau ne traversent donc jamais l’amortisseur, dont toute la course reste disponible si le pieu chute.

Le poids propre de l’amortisseur compte également dans le tableau de charge de la grue pour ce levage. POLARIS réunit un petit volume de gaz et des valves conçues par CFD dans un seul vérin hydraulique, sans accumulateurs externes ni valves à pointeau. Il reste ainsi léger au regard de sa capacité : de 75 à 4,000 t, avec une course de 1.0 à 8.0 m.

Sources et hypothèses
  • La référence est notre étude CONSTELLATION CS-2026-005 (révision A, 4 août 2026) : un pieu de 1,200 t et un marteau de 300 t bridé sur sa tête à 5.0 m/s, avec le câble portant déjà leur poids, une grue de SWL 24,517 kN et un POLARIS de 2,000 t offrant une course de 6.0 m et une consigne de valve de 18,000 kN. Le DAF au crochet est calculé sur la charge statique au crochet de 16,553 kN. Cette étude repose sur une modélisation et ne constitue pas une analyse de projet certifiée.
  • La relation donnant l’effort de pointe résulte du bilan d’énergie d’une masse en chute arrêtée par un ressort linéaire qui se tend à la vitesse de chute. Les chemins de charge réels ne sont pas linéaires ; le résultat du modèle temporel fait foi.
  • Les distances et vitesses de chute proviennent des données de sol propres à chaque site ; la valeur de 5.0 m/s de l’étude représente un cas particulier, pas une valeur typique.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une chute de pieu ?

C’est la descente incontrôlée d’un pieu pendant le battage, lorsque sa pointe atteint une couche de sol faible dont la résistance est inférieure au poids du pieu et du marteau. Tous deux peuvent descendre de plusieurs mètres en une ou deux secondes ; le câble de grue doit alors arrêter le marteau, ainsi que le pieu si les deux sont solidarisés par une bride.

Quel est le danger d’une chute de pieu sans protection ?

Dans notre étude comparative portant sur un pieu de 1,200 t et un marteau de 300 t à 5.0 m/s, une liaison rigide a imposé 37.7 MN au crochet (DAF de 2.28), soit 154 % de la SWL de la grue. Le câble s’est complètement détendu deux fois pendant l’amortissement des oscillations de la charge. Dans un autre cas, le pic dépend de la masse en mouvement, de sa vitesse et de la raideur du chemin de charge.

Comment un amortisseur protège-t-il contre une chute de pieu ?

Il est suspendu dans l’axe entre le mouflage de la grue et le marteau. Lorsque le pieu chute et que les élingues se tendent, il parcourt sa course : son ressort à gaz augmente progressivement l’effort jusqu’à la consigne de la valve, qui le maintient ensuite près de cette valeur pendant l’arrêt de la charge. Dans l’étude, POLARIS a limité la charge au crochet à 23.6 MN (DAF de 1.43), sous la SWL de la grue.

Comment dimensionne-t-on une protection contre la chute de pieu ?

À partir de la pire chute crédible. Les sondages de sol et les essais CPT alimentent une analyse de chute de pieu qui donne la distance et la vitesse de chute. La masse en mouvement et sa vitesse déterminent l’énergie ; le tableau de charge de la grue fixe l’effort admissible ; la course doit permettre à l’effort au-delà du poids d’absorber cette énergie, avec une marge en fin de course. Notre article sur l’amortissement des chocs sur les grues propose une première estimation de la course.

Pourquoi les élingues sont-elles détendues avant une chute de pieu ?

Pendant le battage, le marteau repose sur le pieu et la grue ne fait que le suivre. Les élingues souples détendues évitent de transmettre le poids et les coups du marteau à l’amortisseur ; sa tige reste ainsi rentrée et toute sa course reste disponible si le pieu chute.

La protection contre la chute de pieu concerne-t-elle l’éolien en mer ?

Oui. Les monopieux sont battus dans des sols stratifiés ; une chute peut se produire lorsqu’une couche faible sous une couche plus résistante ne peut supporter le poids du pieu et du marteau. Le poids propre de l’amortisseur compte aussi dans le tableau de charge de la grue, d’où l’intérêt d’une unité légère.

Vous souhaitez protéger une grue contre une chute de pieu ?

Envoyez-nous :

  • les masses du pieu et du marteau
  • les données de sol, ou les scénarios de chute avec distance et vitesse
  • la grue, son tableau de charge et la configuration des apparaux de levage
  • l’effort de pointe ou le DAF admissible

Nous vous transmettrons une évaluation préliminaire pour POLARIS et les données nécessaires à sa vérification.

Envoyez-nous votre cas de levage →

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